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Claire est heureuse. Elle a six ans et nous allons à Paris.

C’est une fête car nous prenons le train.

Rien ne la ravit plus, elle qui monte en voiture chaque jour.

Elle est assise sur le siège en face, elle pépie comme un petit oiseau. Elle se tortille, essayant de prendre un pu plus d’espace.

Dame ! C’est qu’elle est une personne d’importance aujourd’hui : elle prend le train !

« On dirait, me dit-elle, qu’on va toutes les deux au travail et que moi je suis ta grande sœur… »

Et nous jouons les deux sœurs…

- Non, on dirait que tu es une autre dame, la petite sœur c’est pas drôle…

-  D’accord, Madame, où allez-vous au travail ?

- A Paris, se rengorge mon alter ego de six ans, j’ai beaucoup de travail, vous savez….

 

Le train prend de la vitesse, Claire se poste à la fenêtre, bouche ouverte, doigts écartés.

- Ça va vite, on va être bientôt arrivées…

Elle bat des ailes en suçant l’air, geste qui ne l’a jamais quittée depuis ses huit mois, et qu’elle gardera longtemps encore. Signe de jubilation, d’excitation joyeuse.

Le train commence à ralentir. S’arrête. Repart. Un hoquet. Cela recommence.

La vitesse est quasi nulle, nous avançons avec le dynamisme d’un escargot asthmatique.

Le train hésite, crache, avance par quart de roue, puis s’arrête de nouveau.

Claire se tourne vers moi, moue dubitative, mains retournées vers le ciel.

Sur la voie, des hommes en uniforme.

Beaucoup.

Ils avancent avec circonspection au milieu des rails.

- Qu’est-ce qu’y font ? Mais qu’est-ce qu’y font, dis Maman ?

-Je n’en sais rien, ma chérie. Au fait, tu ne m’as pas raconté ce que tu as fait avec ta copine Mathilde, hier à la récré… 

Mais Claire n’a pas envie de raconter, elle a envie de voir.

J’essaie désespérément de détourner son attention de ce qui se passe sur la voie.

Avec de longues pinces, les hommes en uniforme ramassent des blocs mous et roses qu’ils mettent dans des sacs plastiques.

Je prends les deux mains de ma fille et commence des jeux de doigts, des comptines de cour de récréation.

Je me trompe, lui demande de me les rappeler.

Son regard est plein de commisération :

- Mais non, voyons, tu n’es plus un bébé, quand même…

« En raison d’un accident de personne, notre train sera sujet à un léger retard » nasille le haut parleur.

Le train repart, prend de la vitesse, nous filons vers Paris.

Claire est soulagée, elle s’assoit et m’adresse un grand sourire ravi.

 

Trente ans plus tard, j’évoque ce souvenir, me félicitant de lui avoir soustrait ce spectacle traumatisant.

« Mais si, je m’en souviens très bien, me dit-elle. Et je ne comprenais pas pourquoi tu voulais absolument m’empêcher de regarder, je trouvais ça tellement rigolo ! »

 

Sans doute, l’impression de tourner dans un film… Forcément, une personne  qui prenait le train pour aller à Paris !

Séverine L.

 

 Film porno….

 

Arriver le matin à 8 heures tapantes

Poser sa veste sur le perroquet derrière la porte et aller à la table-établi.

Prendre le catalogue de jouets érotiques à main gauche, tendre la main droite vers la pile d’enveloppes.

Rapprocher les deux.

Ouvrir l’enveloppe de la main droite et y glisser le catalogue de la main gauche.

Poser en face.

Recommencer.

Une fois le rythme pris, l’accélérer.

Prendre ensuite la première enveloppe de la pile de face.

En humecter le bord de la main droite avec une éponge.

Retourner l’enveloppe de la main gauche.

Prendre le timbre à droite à côté de l’éponge, l’humecter.

Coller le timbre sur l’enveloppe, la poser à gauche.

Recommencer.

Etre payée un centime par enveloppe garnie, cachetée et oblitérée.

Travailler jusqu’à 17 heures.

Recommencer le lendemain….

 

Séverine L.

Tag(s) : #Textes de l'atelier, #Séverine L

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