Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Murs

Devant moi, ils se dressent. Attention petit bélier, ne fonce pas la tête la première.

Murs de la ville qui cachent l’horizon. Il faut lever la tête bien haut pour entrevoir un morceau de ciel blanc, gris, jaune, parfois bleu très clair, délavé.

Les murs de la ville sont troués de fenêtres qui s’allument quand la nuit vient.

Chaque fenêtre est différente,  Parfois je vois passer quelqu’un, ou alors le reflet bleuté d’une télé.

Je reste là dans la voiture, j’attends maman. Il fait nuit maintenant et les murs ont disparu dans le noir. Je ne vois plus que les petites fenêtres qui s’allument, s’éteignent. Qui vit là ?

Les murs ont-ils des oreilles ? Bien sur que non.

Les murs sont là, neutres, ils n’entendent rien,  ne voient rien, ne sentent rien.

Sans nous, ils n’existeraient pas. Nous les construisons parfois aussi nous les démolissons, mais c’est plus rare.

 

J’ai vu une vieille femme qui vivait dans une maison où il n’y avait que deux murs. C’est étrange. D’habitude, les murs vont par quatre.

Enfermés entre quatre murs.

Eh bien, elle, non. Elle était là, assise dans un coin de sa maison qui n’avait que deux murs.

On pouvait la voir vivre dans sa maison sans coquille. Il n’y avait que deux murs dans sa maison, deux murs qui formait un angle, un coin.

Elle avait un coin à elle.

Et moi, je voyais tout. La table, le napperon, la chaise. Elle ne me voyait pas. Je crois qu’elle avait inventé les murs manquants.

C’était en Martinique, dans un coin caché pas très loin de l’aéroport.

Peut-être me donnait-elle l’occasion d’être le passe muraille de la rue des Saules.

*     *     * 

Londres s’étalait devant moi.
Un parc à chaque coin de rue avec des canards qui mangeaient l’ice cream de Benjamin,
des écureuils.
Les voitures s’arrêtaient pour que je traverse.
Les uns derrière les autres, les gens attendaient le bus.
Au health shop, ils mangeaient à la même table : le musicos aux cheveux très longs, veste
de costume et jean usé, le monsieur anglais de chez Dickens, umbrella et chapeau melon.
- Puis-je avoir le sel, s’il vous plait ?
- Do you mind ?
- Merci
- Cela vous dérange si j’entrouvre la fenêtre ?
What a lovely day, today ? Ne pensez vous pas ?
La météo, comment pouvait-on si longtemps parler de la météo. Six mois après, on y était
encore.
It”s rainy, isn’t it ? Les quatre saisons dans la même journée, Dieu que j’étais bien !
Ils n’aimaient pas les français, bon.
Encore moins les françaises, bon.
Surtout celles qui en plus ne savaient pas faire la cuisine.
On se demandait presque à quoi pouvait servir une française qui ne savait pas cuisiner.
J’arrivais du sud : cris, radio, chansons.
Passer en premier, jouer des coudes, se fâcher à mort.
Soleil brulant, ombre, chaleur, pique-nique à Noël.
Secrets, confidences, passions.
Je m’arc-boutais contre le vent. Grand bol d’air.
Ah la météo, qu’est ce qu’on s’en fichait de la météo.
Quarante jours de tramontane par an, pas de quoi en faire une histoire.
Alors quand j’ai échoué là, SW5 Ealing Broadway, j’ai mis mon cerveau en stand by..
J’ai listé tous les mots anglais qui existaient pour parler de la pluie, de la lumière qu’elle
reflète sur les pavés, sous les réverbères, du parfum qu’elle donne aux feuilles mouillées,
et le goût réconfortant du thé au lait sucré, bien chaud.
Quelques pâtisseries maison, la crème anglaise en boîte, les demi-sphères de gelée
fluorescentes, tremblotantes.
Je crains fort que ce Londres là n’existe plus.
 
Dominique S.

 

Tag(s) : #Textes de l'atelier, #Textes de participants, #Dominique S., #La ville

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :