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Je songe aux grands rochers de Cassis quand nous avions quinze ans, à la mer immobile et translucide qui les bordait. C’étaient des plongeoirs quasiment faits pour nous, pour qu’à la fois nous ayons peur de nous laisser tomber, que nous reculions, revenions plusieurs fois avant d’enfin nous décider, pour qu’à la fois il fut possible de se jeter d’un bond pieds en avant, de disparaître dans les flots, d’avoir l’impression que nous ne pourrions plus remonter à la surface et enfin pour que nous y parvenions, pour aspirer une bouffée d’air régénérant qui nous faisait renaître.

Rochers de calcaire détritique blanc, noir et gris, découpés, solides promontoires, sentinelles des côtes méditerranéennes, ils entendent et entendent encore le ressac de la mer qui tangue au bas de leurs falaises, ils savent le temps calme et la tempête, ils demeurent impassibles à la lisière de l’eau, de la terre, du soleil, de la nuit et des jeux adolescents.

*     *     *

L’argile.

L’argile colle aux pieds, aux chaussures, elle s’impose. Sa couleur profonde, uniforme, rouge foncé teinté de brun, est un repos pour le regard.

L’argile est le sel de la terre, elle se compose avec la matière organique pour donner l’humus, la glaise, qui nourrit les cultures et fait verdoyer les campagnes.

Par temps de pluie, elle glisse, reste stoïque, ne se décontenance pas, mais peu à peu se délite, devient boue, fait des flaques, se disperse. L’argile est plastique, comme la matière en général, comme le cerveau humain. Tout se transforme, communique et se déplace. 

On en fait des boudins, des vases, des statues, une multitude d’objets. Elle ne rougit pas de sa plasticité, mais y voit un certain cosmopolitisme, le symbole de la vie qui sait se transformer, changer de formes, de lieux, d’habitudes, d’habitats, de composition.

L’argile est douce au toucher, fluide, épaisse ou fine, comme une pâte à modeler pour adultes, pour l’art ou le jardinage.

C’est la poignée de terre censée avoir fabriqué les premiers humains, c’est le matériau sur lequel s’inscrivirent sur des tablettes les premiers signes de l’écriture, là-bas, en Mésopotamie ou en Phénicie.

L’argile nous accompagne depuis la nuit des temps, la nuit des origines, la nuit de l’évolution.

Christine L.

Tag(s) : #Autobiographie et Nature, #Christine L., #Textes de l'atelier, #Textes de participants

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