Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Atelier d'écriture : Ecrire avec Kafka

Entrave
par Fredaine

Il ne connaît pas ce lit, quelle étrange impression soudain dans la nuit ! Il est pourtant assez confortablement installé pour vouloir s’assoupir encore, dormir le plus longtemps possible ; il est si fatigué de la journée mouvementée qu’il a connue la veille.

Le sommeil ne venant pas, il ouvre grand les yeux, mais il fait très noir et les ténèbres semblent se coller à sa cornée. Cette sensation l‘inquiète d’autant plus que des bruits étranges parviennent de l’autre côté de la cloison, des bruits sourds d’objets mous qu’on laisse tomber par terre, comme on le ferait d’un sac trop lourd. Il entend des voix étouffées. Qu’est-ce qui se passe, là derrière ? Soudain, une clameur rauque crève le silence qui était revenu. Aussitôt, d’autres voix s’élèvent pour faire taire la première tandis que des pas précipités franchissent de bout en bout le couloir qui dessert les chambres. On tente certainement de museler celui qui a hurlé ainsi, pense le jeune homme, on l’aura bâillonné comme dans ce film qu’il a vu la semaine dernière, on lui aura mis un chiffon dans la bouche, puisqu’on n’entend plus que des sons confus. Il tend l’oreille, mais plus rien, c’est le calme.

Il cherche un interrupteur pour éclairer cette chambre hostile. Il ne souvient même pas y être entré. Comment est-il arrivé ? Qui l’a mis là ? Et pourquoi ? Lorsqu’il essaie de se retourner pour trouver une position plus confortable, sur le côté, il s’aperçoit que c’est impossible : il est entravé, comme attaché par de gros liens ou plutôt par de fortes lanières à l’armature du lit. Il gémit, il appelle, crie, mais personne ne répond. Un silence absolu l’enveloppe, interrompu seulement par des coups répétés, frappés à la cloison mitoyenne comme pour entamer un dialogue. Faut-il répondre ? Mais qui est-ce ? Et comment faire, quand on est fixé là sur le dos comme un scarabée, épinglé ? Pas d’autre bruit sauf plus loin, des exclamations incompréhensibles, des bruits inconnus.

Une porte claque brutalement. Bruyants cliquetis d’un trousseau de clefs, une lourde serrure s’ouvre. Puis des pas sonores, décidés, des claquements de talons sur le dallage du couloir - des bruits de bottes militaires qui lui rappellent la guerre. Ces pas virils s’arrêtent, reprennent, et s’arrêtent enfin tout près. N’a- t ‘il pas trop d’imagination ? Un courant d’air froid passe sur son visage qu’il ne peut pas recouvrir d’un drap protecteur ; il est pétrifié. La panique le gagne il y a certainement quelqu’un dans la chambre, il sent une présence épaisse, une odeur qu’il déteste aussitôt, un souffle puissant à côté du lit. Il veut dégager sa gorge, en vain, elle est enserrée.

Il perçoit le long frottement d’une main hésitante sur le mur et soudain du plafonnier jaillit une lumière brutale et crue qui l’aveugle. « Allez, c’est l’heure, debout ! » Entre deux clignements de paupières, il a tout juste eu le temps d’apercevoir, là, au milieu de la pièce, un homme rougeaud, tout essoufflé. Il l’entend rouspéter, maugréer « Tous ces enfants dorment comme des marmottes ma parole ! Et celui-ci qui est tout emberlificoté dans ses draps ! Il ne doit même pas pouvoir bouger ! Hé, jeune homme, réveillez-vous, je ne vais pas y passer la journée ! » C’est le surveillant qui le secoue avec vigueur, ouvre tout grand le lit, arrache le drap et sort.

Le drap dénoué, le cauchemar s’envole emportant avec lui le malaise de ce demi-sommeil angoissant. Libéré, le garçon se redresse, découvre la chambre avec étonnement. Tout ébouriffé, il reprend ses esprits, il se souvient.

C’était sa première nuit au pensionnat.

Fredaine

Juste pour cela
par Diana W.

Clouée, je suis clouée dans ce lit. Ce plâtre "m’incapacite", l’infirmière est partie et pour cette première nuit de solitude dans cette maison désertée de ses habitants, prêtée par des cousins afin de faciliter ma rééducation, je ne sais ce qui soudain s’empare de moi, j’ai besoin de pouvoir détecter les bruits, d’être à l’affût.

Donc ni musique ni télévision ni rien m’empêchant de guetter. Les drogues anti douleurs et autres ont un effet quasi hallucinogène. Je suis à la fois héroïne de film noir, « Sorry wrong number » je ne connais pas la traduction française du titre mais je me souviens de la terreur absolue de cette femme en déshabillé de dentelles clouée elle aussi au premier étage d’une maison magnifique à la merci du tueur mandaté par son mari et légataire universel, et à la fois abandonnée tout simplement oubliée de tous , j’oscille entre Cosette et la cible sexy !!!

Rien de commun avec moi en ce qui concerne les bénéfices matériels découlant de ma disparition, pourtant le sommeil me fuit, j’entends un air pianoté m’arrivant du rez de chaussée vide pourtant, un air obsédant qui me semble familier. J’ai l’impression d’avoir quitté la compagnie joyeuse de visiteurs installés très à, l’aise au salon donnant sur le jardin, pour me reposer d’avoir trop dansé.

J’ai chaud et la tête qui tourne agréablement.Je m’enfonce dans les coussins moelleux et m’installe au coeur de l’heure bleue de la fin du jour. Celle où les ogres ne sont pas encore rentrés de la forêt et où les Petits Poulets n’ont encore commencé à trembler d’appréhension. Doux laisser aller, laisser rêver, mes paupières lourdes s’abaissent et protègent mes rêves de toute lumière réelle. Place au rêve, place à … Mais non !

Une présence s’est introduite dans cette pièce, a pu se glisser ici, je le sens, littéralement, je détecte un parfum, concret, léger que je décèle.

En me redressant les yeux écarquillés la présence souriante de la jeune femme assise au pied de mon lit me laisse sans voix. Ses longues mains élégantes aux gestes souples me fascinent. Elle ne dit rien, son silence m’affole, mon cœur bat si fort qu’il semble vouloir s’échapper de mon corps tel un oiseau englué essayant illusoirement de voler sans pouvoir se mouvoir. Les longs doigts fins triturent une chaine, seul mouvement perceptible. Ma voix paralysée pose des questions simples pourtant, Qui est-elle ? Que veut-elle ?

Elle se penche comme pour mieux entendre mes questions muettes et je reçois comme une caresse le mouvement de ses longs cheveux soyeux contre ma joue.

Mon regard murmure silencieusement « Pourquoi » ? Ses yeux infinis regardent le fond de mon âme et resserrant la chaine autour de mon cou répond à ma question muette « Pour rien de précis, juste parce que j’étais là et toi aussi »

Juste pour cela.

Diana W.

 

Présence nocturne
de Pascale G.

Ce soir-là je m’étais couchée un peu plus tard que d’habitude si bien que je n’arrivais plus à m’endormir. Il était trop tard pour prendre un somnifère. Je décidais de faire ma respiration ventrale pour me détendre afin que Morphée puisse me prendre dans ses bras et m’entraîne dans un sommeil réparateur, mais sans succès.

Je repris mon livre et lus quelques pages, puis, au bout d’un certain temps, des bâillements et des picotements dans les yeux firent leur apparition, c’était de bon augure. J’éteignis la lumière et me tournais du bon côté, celui qui me prépare généralement au lâcher prise et au grand voyage de la nuit. Pelotonnée sous la couette, je ferme les yeux et j’attends.

Puis, tout d’un coup, il me semble entendre des bruits inhabituels dans la maison que je ne parviens pas à définir. Je tends l’oreille. Ils viennent du séjour ; ce sont des frôlements, des froissements. Je pense aux chats mais ils ne sont pas encore rentrés ce soir, ils chassent dans la nuit. Il n’y a personne dans la maison, je suis toute seule et je n’ai jamais entendu ces bruits-là. Je n’ose pas bouger, je suis morte de peur.

Quelqu’un est entré dans la maison, c’est certain, mais comment, les volets sont fermés et les portes fermées à clef. Les bruits continuent. Je ne bouge pas, je m’enfonce dans le lit ce qui atténue les bruits mais pas ma frayeur. Je transpire et j’entends mon cœur battre. Que dois-je faire ? Je me sens en danger.

N’en pouvant plus, je sors un bras de la couette et allume la lumière. Il n’y a rien ni personne dans la chambre. Je rêve ou quoi ! Pas très rassurée, je sors du lit, descends les trois marches de ma chambre, traverse le salon et arrive dans la salle, les bruits de frôlements augmentent et se transforment en cognements. Je trouve l’interrupteur et allume la lumière en tremblant de tout mon corps.

Que vois-je ?

Une énorme chouette blanche afolée virevolte dans tous les sens en se cognant aux meubles. Elle a dû tomber dans la cheminée et se trouve prisonnière dans la maison.

Que faire ? Elle est imprévisible. Et puis j’ai affreusement peur des volatiles dans une maison.

J’ouvre la porte sur le jardin et m’enferme dans le salon en espérant qu’elle arrivera à sortir…..

Pascale G.

 

 

Tag(s) : #Textes de l'atelier, #Ecrire avec Kafka

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :